L’emploi des aînés en Europe.

 

Dans leur ouvrage Vieillissement au travail, emplois et retraités F. Leseman et M. D’Amours, publié aux éditions Saint-Martin en 2006, notent que si durant la période 1976-1995 la plupart des pays industrialisés tendent à mettre à l’écart, pour différentes raisons les travailleurs âgés masculins de 55 à 64 ans, la période 1995-2005 remet en question l’exclusion des aînés du marché du travail. Pratiques et politiques varient d’un pays à l’autre, pour le Canada la hausse récente serait due à deux causes : l’éclatement de la bulle technologique induit, pour certains travailleurs, l’obligation de reporter des projets de retraite et, d’autre part, les travailleurs de 55 à 64 ans sont de plus en plus scolarisés, une caractéristique associée à un plus haut taux d’activité (on divise le nombre des occupés incluant salariés, travailleurs autonomes pour la population du groupe d’âge).

Dans le second chapitre « quelques clés de lecture du changement » les chercheurs notent la nécessité de relativiser la menace d’une pénurie de main-d’oeuvre, pour de prendre en compte d’autres facteurs susceptibles d’influencer le maintien ou le retour à l’emploi : ou au contraire, le retrait du marché du travail comme la composition de la main-d’oeuvre, la nature du travail, les tendances relatives à l’emploi, la production sociale, et les ressources de transition entre l’emploi de carrière et la retraite.

Dans le troisième chapitre, ils se concentrent sur l’organisation du travail, déterminant majeur de la sortie ou du maintien en emploi. Les études de cas permettent de constater que les entreprises sont peu enclines à modifier l’organisation du travail, elles préfèrent accélérer la prise de la retraite. Pourtant, il existe des outils « gestion professionnelle de la main-d’oeuvre et bonnes pratiques » (GPMO) programmes de formation professionnelle accessibles aux travailleurs vieillissants qui pourraient ętre mis en oeuvre, mais l’on sait peut de choses sur leur degré réel de pénétration dans les milieux de travail.

Le chapitre quatre, décrit les stratégies individuelles. Les représentations du vieillissement au travail diffèrent selon la position stratégique dans l’organisation du travail. L’autonomie et le contrôle du travail (variables associées avec le stress au travail).Les mesures visant la réduction du temps et des exigences de travail sont populaires dans le secteur des soins infirmiers et dans d’autres milieux du travail, les décisions individuelles de prise de retraite paraissent largement déterminées par la dynamique de sortie du travail que produisent les régimes de retraite.

Dans le chapitre cinq, ils décrivent le rôle des politiques publiques dans la transition entre le travail et la retraite, car on ne peut penser le vieillissement en dehors de la protection sociale. La situation diffère entre l’Europe et l’Amérique du Nord, cette dernière privilégie le « contrat de retraite » marqué par la privatisation et des inégalités croissantes, ce qui pourrait expliquer que pour un nombre grandissant d’individus, le maintien ou le retour au travail, du moins partiellement, après l’âge habituel de la retraite, semble s’imposer comme nouvelle norme. Au Canada comme aux États-Unis, la réduction des engagements publics et une privatisation croissante des sources de revenus et de production des services contribuent à cet accroissement des inégalités et donc, à un affaiblissement de la perspective inclusive de citoyenneté : toutefois, les écarts se creusent moins au Canada à cause des transferts et des mécanismes de redistribution à destination des individus et des provinces les moins riches.

La conclusion suggère quelques pistes de recherche et de diffusion en distinguant les profils de travailleurs âgés.


Source : L’impact de l’état de santé sur l’emploi des seniors en Europe,T. Barnay, et T. Debrand, Bulletin d’information en économie de la santé,
IRDES, Paris (9 juin 2006).


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