Deux poids deux mesures…
Les vendeurs du temple se multiplient…
Des questions se posent

Un principe fondamental dans l’activité de toute entreprise est d’abord de trouver un public cible en plein développement et dont les besoins sont loin d’être satisfaits. Récemment à un cours d’une faculté de commerce, on donnait comme exemple la cohorte des personnes âgées. Nous croyons que le texte ci-dessous qui souligne ce fait en même temps qu’une faille importante du système social soit le manque de participation décisionnel des aînés arrive à point.

L’Observatoire Vieillissement et Société consacre ses activités, croyons-nous avec un certain succès, à valoriser l’apport des personnes âgées dans notre société. Après avoir rencontré une certaine réticence, il assiste depuis cinq ou six ans à une explosion d’intérêt pour sa mission. Malheureusement, on semble parfois oublier son rôle de pionnier. Bien des problèmes auxquels il s’est intéressé font maintenant partie de nos politiques gouvernementales. Les symposiums, forums, discussions sur les aspects sociaux du grand âge se sont multipliés d’une façon géométrique.

Mais, il y a un « mais »… un « mais » plein de contradictions… la machine est emballée, tout le monde s’occupe des vieux… on disait il y a quelques années « pauvres vieux, ils ne sont pas riches » on semble dire maintenant « quelle belle source de revenus », à laquelle on s’intéresse de plus en plus.

D’abord l’industrie, le commerce, en somme le complexe géronto-industriel s’est développé à notre avis plus vite que l’accroissement même de la population aînée. Pour les biens de consommation en général… des cosmétiques aux couches, sans oublier évidemment les médicaments. Quel pactole!

Tout le monde s’occupe des aînés, on veut qu’ils soient bien logés, qu’ils restent à domicile, qu’ils restent actifs, qu’ils soient heureux. Qu’ils meurent heureux… sinon dignement. La recherche en gérontologie explose, on ne veut plus qu’ils souffrent de démence, d’Alzheimer, de Parkinson… on cherche, on cherche… on dépense des milliards. Un jour peut-être vivront-ils longtemps, très longtemps…jusqu’à quand?

Devant toute cette agitation, posons-nous une question « Où sont les aînés? » Pourquoi les voit-on si peu nombreux au niveau consultatif ou décisionnel?

Pourtant ils veulent aider. Il est vrai qu’ils sont toujours bienvenus en recherche. Ils acceptent facilement d’entrer dans un protocole et de faire partie d’une banque de participants où on cherchera par exemple les premiers signes subtils d’une démence précoce. De jeunes personnes les interrogeront, publieront et obtiendront leur maîtrise ou leur doctorat… Quant à eux, ils seront simplement intégrés dans l’anonymat d’une liste de résultats. On voudra même peut-être s’occuper d’eux beaucoup plus longtemps pour vérifier leur devenir intellectuel.

Quant aux aînés ils sont toujours là, prêts à participer activement. Prêts à mettre leurs compétences au service de la société. Pourquoi alors sont-ils si peu nombreux au niveau des instances décisionnelles, associations, comités, commissions… Il est facile de comprendre comment le fait de se trouver seul, ou presque, au milieu de jeunes personnes discutant de façon savante des mesures à recommander à leur sujet peut leur paraître étrange. Cette situation ne finira-t-elle pas par décourager complètement ceux à qui on propose un « vieillissement actif » au sein d’une société à laquelle ils participeront de moins en moins.

La solution est simple, agissons à tous les niveaux. Qu’est-ce qui empêche par exemple d’exiger que les organismes à but non lucratif aient plus de personnes âgées au niveau de tous les processus décisionnels et opérationnels. La même chose s’appliquant aux réunions et symposiums. Dans la plupart des cas, une simple décision gouvernementale suffirait. La majorité de ces réunions et organismes étant subventionnée par des fonds publics.

Nous proposons tout simplement une discrimination positive face à l’âge, donc un endossement actif . En somme, engageons plus de « vieux », les jeunes s’en porteront que mieux!

Quant aux aînés eux-mêmes (plus de 500 000 au-delà de 75 ans), à eux d’agir, d’exiger leur dû et de se créer une place.
 
André Davignon


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