Présentation
Deux aspects fondamentaux pour les personnes âgées sont abordés aujourd’hui. L’article de Pierre-Étienne Laporte soulève de façon fort à propos, un aspect particulièrement important du vieillissement actif, celui du mentorat. Quant au texte de Jean-Louis Lévesque, il doit nous faire songer aux conséquences de gestes dont chacun semble de peu d’importance, mais dont l’ensemble pourrait conduire à la perte des balises qui jalonnent l’existence de chacun, particulièrement des personnes âgées. La perte de ces balises risque d’augmenter ce « vide » de l’existence ressenti par beaucoup avec, pour les personnes âgées, la perte du goût de vivre.
André Davignon
La solidarité intergénérationnelle comme véhicule de transmission du savoir pratique entre les jeunes et les aîné(e)s : l’exemple de l’utilisation d’Internet.
Des études sociologiques ont montré que l’utilisation d’Internet par les aîné(e)s entraîne des effets favorables à la qualité de leur vie. Une étude récente (Educational Gerontology, vol 35, 2008, p.991-1001) auprès d’aîné(e)s néo-zélandais entre 65 et 84 ans fait état des résultats suivants :
Puisque l’usage d’internet accroît la qualité de vie des aîné(e)s, pourquoi n’en ferait-on pas un objectif politique ? Au Québec, l’utilisation d’internet par la cohorte d’âge de 65 ans et plus est d’environ 45%. Ce qui est bien inférieur au pourcentage d’utilisation générale et encore plus au pourcentage d’utilisation chez les jeunes, qui ont grandi avec internet et en possèdent une maîtrise exceptionnelle. La solidarité ntergénérationnelle pourrait être le véhicule de transmission du savoir des plus jeunes vers les plus âgés.
Comment y arriver ?
Par la planification d’un réseau d’échanges entre jeunes et aînés ; les premiers exerçant vis-à-vis des seconds un rôle de tutorat, de mentorat ou de coaching. Les expériences existent, par exemple en France, dans des associations où les jeunes apprennent aux plus âgés la maîtrise des nouvelles technologies. Au Québec, les établissements scolaires, communautaires et domiciliaires pourraient être mis à contribution. On pourrait même imaginer que les échanges entre générations pourraient se réaliser dans une ambiance de réciprocité de type donnant-donnant.
En effet, les aîné(e)s ont des savoirs à transmettre aux jeunes ; savoirs pratiques de nature professionnelle, mais aussi savoirs symboliques comme le savoir-être. Des savoirs acquis au cours d’un long parcours de vie. Il serait également prévisible que des échanges entre générations auraient pour résultat une meilleure connaissance et compréhension mutuelle : en d’autres mots, le développement de la solidarité intergénérationnelle elle-même.
Pierre-Étienne Laporte
Vigie Politique
SOS! Destructuration de la mémoire collective des « génaires » (1)
Mon ami Celestino étudiait le sommeil. La période dite du sommeil paradoxal était déjà connue. C’est la période la plus productive des rêves. Qu’arriverait-il si cette périodedisparaissait ? La question mais surtout la réponse pourrait apporter de bons renseignements sur la fonction du rêve. Celestino se mit à l’oeuvre. Les murs de son petit bureau furent garnis des photos de tous les amis chats qu’il rassembla pour l’expérience. Il s’agissait d’observer, dans les mêmes circonstances et les mêmes occupations, le comportement de sa fourrière, avant et après une intervention privant pendant un certain temps les chats de leur période de sommeil paradoxal. Qu’advint-il ? Il advint que les chats privés de leur période de sommeil paradoxal et donc de leur période de rêves…devinrent complètement déboussolés dans le courant de leur vie féline habituelle et qu’il leur fallut une époque soutenue de sommeil réparateur sans privation de sommeil paradoxal, donc de rêves, pour reconquérir leurs comportements félins habituels hors du sommeil.
N’en serait-il pas de même lorsqu’une société, au nom d’une idéologie purement intellectuelle, prive ses citoyens âgés des marqueurs du temps qui ont structuré leur vie tant individuelle que familiale, municipale et nationale. Les personnes âgées, des « babyboomers » aux centenaires et plus ont tous rythmés leur vie en rapport à ces marqueurs du temps individuel, familial, social, municipal, national que furent la fête du travail, la Toussaint et le jour des morts, Noël, Jour de l’An, l’Épiphanie; mercredi des cendres, les Rogations, Pâques, l’Ascension, Fête-Dieu et même Pentecôte avant que l’été ne desserre le cordon des fêtes dites d’obligation. Le plus important de tout ça, ce n’est pas l’idéologie, laïque ou chrétienne, mais la fonction de structuration personnelle du temps qui s’arrimait à la structuration du temps de la famille, de la paroisse bientôt laïcisée et transformée en municipalité et de toute la nation.
Le calendrier des fêtes donnait au temps une dimension personnelle et collective qui rejoignait le cours global du temps, rassemblait sous un même temps et conférait sens à ce rassemblement en créant des rythmes partagés, des attentes de moments de fête et des après le ou les fêtes. Les fêtes offraient un outil de gérance du temps tant en termes de prévision, que d’action que de souvenir.
Les fêtes constituaient l’horloge de l’année. Elles marquaient l’heure de l’écoulement du temps et sonnaient (ha! ha! Les cloches…) les appels aux comportements individuels et collectifs adéquats. L’avantage de ces fêtes, c’est qu’elles s’enracinaient dans de multiples significations. Monsieur le curé les attirait dans son sermon ; monsieur le maire dans le sien…pour marquer la durée de déblaiement de la rue principale : de l’Immaculée Conception à Pâques! Il y a belle lurette que les fêtes, sous leur désignation chrétienne sont devenues des fêtes d’évocation sociale et laïque. Pourquoi, au nom d’une idéologie qui n’a pas encore conquis ses galons de noblesse, s’acharner intellectuellement à effacer les marqueurs du temps qui ont structuré la vie des « génaires » du Québec? Perdre les marqueurs du temps de sa mémoire, c’est comme pour les chats, perdre leur période de rêve paradoxal. Pourquoi s’acharner, bec et ongles, à détruire la mémoire des anciens ? Attention…quand on perd la mémoire, c’est la capacité d’orientation qui disparaît, la capacité de rêver. Et dire qu’on pensait la mémoire exclusivement relative au passé. Les rêves…c’est fou…mais on s’affole quand il n’y en a plus! Les chats de Celestino l’ont montré. Il faut sauver la mémoire des génaires et lui conserver une pertinence sociale sous peine de gaspiller l’apport énergétique sociétal des aînés ou « génaires » en l’affolant ou même l’anéantissant...
Jean-Louis Lévesque
Vigie Apprentissage
Références
[1.] { À propos de Génaire } …pour désigner toute personne appartenant à une dizaine d’âge se terminant par « génaire » : sexagénaire… jusqu’à nonagénaire… à moins qu’une ascendance belge ne désigne en « aine » sa dizaine d’appartenance comme dans « septantaine »… ce qui est aussi joli que septuagénaire !
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